Cher Roger
Je suis désolé d’intervenir si tard dans cette discussion si importante. Mais avant de donner mon point de vue et de parler de la relance du sous-secteur semencier au Niger, permets-moi d’abord de te remercier pour avoir posé le sujet et je profite aussi pour remercier les contributeurs qui ont jusque-là réagi.
Pour ma part, je suis de ceux qui pensent que le système semencier formel peut bien contribuer à booster l’utilisation de la semence de qualité des variétés améliorées par nos agricultures. Car, en contribuant à améliorer deux des dimensions importantes de la sécurité semencière à savoir « la disponibilité et la qualité », ce système joue effectivement un rôle important dans ce domaine. Actuellement, l’essentiel des efforts fournis par les pays dans leur quête de relance des systèmes semenciers s’appuient sur ces deux dimensions fort heureusement en ayant de plus en plus un regard sur le fonctionnement des différents systèmes semenciers (formel, traditionnel, communautaire). Mais de là à dire que cela a un impact sur le taux d’utilisation de la semence, il reste à régler l’épineuse question d’accessibilités physique et financière des utilisateurs à la semence de qualité disponible.
Au Niger, partant d’un simple constat celui de la très faible disponibilité en semences de qualité établi en 2006 du fait du dysfonctionnement important qu’a connu ce système depuis les années 1990, la FAO a opté pour une relance du secteur semencier formel et avec son appui, le Gouvernement a actuellement une vision claire et des objectifs précis et réaliste notamment celui de porter le taux d’utilisation de semence de qualité à 30 % d’ici à 2015-2016. Pour cela, un important travail de « reconstruction » de ce secteur a été entrepris par l’amélioration de son environnement réglementaire, la structuration et le renforcement des capacités des acteurs semenciers (recherche, entreprises semencières, etc.) et la mise en place et renforcement de dispositifs conséquents de soutien à ce secteur (service d’encadrement, service de contrôle de qualité et certification). L’impact de cette approche est actuellement perceptible avec une très nette amélioration de la disponibilité en semences de qualité qui, de moins de 1000 tonnes annuelles jusqu’en 2010, a atteint actuellement un peu plus de 12 000 tonnes en 2013. L’objectif fixé pour 2014 est d’atteindre 24000 tonnes. C’est dire que ce système contribue bien à l’amélioration du taux d’utilisation de semences. Pour étayer cela, il a été conduit deux évaluations de la sécurité semencière au Niger. L’issue de ces deux études conduites sur des échantillons de ménages importants (360 et 960 ménages respectivement sur deux et six communes) a montré une nette amélioration du taux d’utilisation au niveau de ces communes étudiées avec 15% pour la première étude et 25% pour la seconde étude conduite une année plus tard alors que ce taux était de l’ordre de 6% en 2010 (source statistique agricole).
C’est dire à la fois que le système formel peut contribuer et le cadre conceptuel de l’évaluation de la sécurité semencière peut lui aussi permettre de mesurer les indicateurs nécessaires pour apprécier la sécurité semencière et les progrès enregistrés en matière d’intervention dans le sous-secteur semencier dans un pays. Cependant, il y a lieu de désagréger son contenu et pourquoi pas ne pas adopter une approche par « filière » pour mieux apprécier. Il faut également pour peaufiner ce cadre conceptuel, introduire des éléments de mesures précises pour certains indicateurs comme par exemple la superficie, le rendement, etc. qui sont très importants et qui participent à l’évaluation de plusieurs indices de sécurité semencière. Il faut également donner à ce cadre conceptuel deux dimensions : (1) évaluation d’impact et (2) perception de la sécurité semencière en situation d’urgence. Pour chaque dimension bien entendu, des outils appropriés à concevoir.
Etant actuellement sur le terrain, je n’ai pas à ma disposition certains documents que j’ai bien voulu partager avec vous sur le travail en cours au Niger. Je reviendrais vers vous au besoin.
Cordialement
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Illya MIKO
Expert en semences
FAO, Niamey
De : La Communaute de pratique des Etudes sur la securite semenciere pour le Sahel [mailto:[log in to unmask]] De la part de Shongo, Roger (FAOSN)
Envoyé : mardi 1 juillet 2014 20:55
À : [log in to unmask]
Objet : Discussion en ligne N. 2: Le système semencier formel et les études sur la sécurité semencière au Sahel
Chers CdP,
Nous notons avec satisfaction votre participation à cette deuxième discussion qui nous instruits cette fois-ci sur le système formel et les études sur la sécurité semencière au Sahel.
Le système semencier du Burkina Faso est au cœur du débat, nous pouvons noter les points saillants suivants qui émergent :
La contribution à la sécurité semencière au Burkina peut compter sur le système semencier formel. Cette contribution est illustrée dans un certain nombre des documents qui illustrent les différentes étapes du développement du système semencier formel du Burkina Faso ainsi que l’implication de la FAO en appui aux efforts du Gouvernement.
Voici ce que nous pouvons retenir, sur les questions ont été soulevées en rapport à cette discussion :
Le taux d’utilisation des semences améliorées a été bien documenté par les deux études effectuées qui a été du reste mise à disposition par la FAO Burkina que nous remercions au passage pour cela. Nous sommes aussi d’avis que nous ne devons pas nous éterniser sur ce débat sur le taux d’utilisation des toutes les cultures confondues qui risque de nous conduire à une polémique.
Par contre, nous pensons qu’il bon de nous nous situer dans le contexte de l’analyse à froid de la filière semencière. Comment le système semencier dans son ensemble et le secteur formel en particulier peut-il permettre de répondre de manière adéquate à la sécurité semencière d’une plus large gamme des agriculteurs tant les plus petits que les plus grands ? C’est justement un consensus sur l’approche qui nous permettrait de capitaliser les bonnes pratiques au niveau de la communauté des pratiques qui cernerait au mieux cette analyse de la situation des agriculteurs par rapport aux opportunités qui leurs sont offertes tant par le secteur formel que par le secteur informel pour répondre à la sécurité semencière.
Les efforts financiers sont en train d’être consentit par le gouvernement pour encourager l’utilisation des semences améliorées par le soutien à la production mais il reste encore beaucoup à faire au niveau de la sensibilisation des utilisateurs.
L’émergence du secteur privé formel avec quelques entreprises semencière regroupées autour de l’association nationale des Entreprises semencières du Burkina Faso.
Il est fait mention d’une implication possible du secteur privé semencier dans la production de semences de base pour accroitre l’offre de semences certifiées. Il semble que l’INERA utilise déjà les contractuels privés pour la production de semences de base. Compte tenu de la spécificité technique de cette activité cette implication devra se faire avec la surveillance technique de l’INERA et devrait également susciter une mise en concurrence et garantir un meilleur rapport qualité-prix.
Cette implication du privé ne doit pas être une fin en soi pour atteindre non seulement la quantité mais aussi la qualité, pour cela elle doit se rapprocher le plus possible des préférences de la plus part des utilisateurs et tenir compte de leur pouvoir d’achat. Une connexion avec la base et une exclusivité des agriculteurs même les plus petits dans cette dynamique serait plus porteur de la durabilité.
Cette situation au Burkina reflète-t-elle la situation du Sahel serions-nous tenter d’affirmer au regard des seules interventions que nous avons enregistrés jusque-là chers CdP des autres pays? Si c’est ne pas le cas merci de l’infirmer dans la suite des débats par vos interventions avant la fin de la discussion.
Merci et bien cordialement
Roger Shongo Diowo
• Expert en sécurité des systèmes semenciers
• Modérateur de la CdP-ESS
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