Chers tous, En premier lieu, je voudrais vous remercier tous de vos contributions pertinentes sur un thème crucial, à savoir l'implication des jeunes dans les radios rurales communautaires pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition. J'estime que les efforts que nous déployons à l'échelle internationale pour formuler de nouvelles réflexions sur le développement durable, l'agriculture et les radios communautaires sont d'une très grande importance, compte tenu du fait qu'ils inscrivent dans un contexte dans lequel ces deux éléments semblent susciter de moins en moins d'intérêt parmi les jeunes. Selon de nombreux participants à ce forum, l'éducation et la communication restent les principaux facteurs de l'autonomisation. Dans ce contexte, les radios communautaires jouent un rôle fondamental. En effet, la radio communautaire constitue un outil essentiel pour l'éducation informelle et un élément stratégique de communication et d'information de proximité. La plupart des jeunes des zones rurales sont conscients qu'une « révolution numérique » se produit dans le reste du monde et attendent avec impatience d'apprendre comment utiliser Internet et d'autres TIC qu'ils considèrent comme des symboles de la modernité. Dans ce domaine, la radio traditionnelle souffre parfois d'une sorte « d’écart générationnel » vis-à-vis de ce qu'on l'on appelle les nouvelles technologies. Par ailleurs, les politiques relatives à l'agriculture semblent encore incapables de garantir des opportunités de création durable d'emploi pour les nouvelles générations. Dans ce contexte, une des questions de base, pour AMARC, est de savoir comment combiner l'attrait de la radio pour les jeunes générations et la création d'opportunités d'emploi pour les jeunes dans un environnement rural. Comment pouvons-nous déterminer le nouveau périmètre de « proximité » et de « communauté » en conjuguant les « anciennes » et les « nouvelles » technologies ? L'accès de base aux ressources (terre, eau, éducation, mais aussi ondes radiales et tarifs abordables pour les TIC) est-il garanti ? Les agriculteurs se heurtent à de nombreuses barrières « d'accès » à l'information et à la communication : l'analphabétisme, le fait de parler une langue minoritaire, des médias ruraux ou de services de télécommunications déficients ou non existants, le manque de revenus pour s'acheter des postes de radio, des téléphones portables ou des ordinateurs, en particulier de la part des femmes et des jeunes. Malgré tous ces obstacles, les téléphones portables sont devenus l'une des modalités les plus populaires de TIC dans les communautés rurales et en particulier parmi les jeunes. Le téléphone portable utilisé de manière individuelle permet d'établir une communication et de transmettre des informations de personne à personne, mais lorsqu'il est associé à une station de radio communautaire, il se transforme en outil de communication « collective » dynamique. De cette manière, les téléphones portables contribuent à l'autonomie des agriculteurs et les aident à participer activement au dialogue communautaire, en apportant chacun et chacune sa propre expérience et ses idées au sein d’un vaste forum communautaire. C'est pourquoi l’AMARC considère qu'il faut tirer parti du potentiel des nouvelles TIC (comme les téléphones portables, l'Internet et les applications informatiques) et les conjuguer avec les médias locaux (comme la radio communautaire) pour améliorer l'interaction avec les multiples acteurs du développement, et en particulier avec les plus jeunes générations. Assurer un accès abordable aux TIC dans les zones rurales n'est pas chose facile. Sur le plan géographique, de nombreux pays sont très étendus et peuplés de groupes dispersés à faible revenu. Dans la plupart des cas, l'infrastructure « essentielle », comme la fibre optique ou les réseaux câblés en cuivre ainsi que l'approvisionnement électrique fiable, est rare et coûteuse. Dans toute l'Afrique, le coût de l'installation d'une infrastructure câblée permanente et de tours de réseaux dans les zones rurales peut être supérieur de 40 % à ce même type d'activités dans les zones urbaines. En général, le faible revenu qui pourrait être raisonnablement récupéré des populations à faible revenu desservies par ces installations tend à décourager les opérateurs privés d'investir dans des projets ruraux. C'est pourquoi AMARC encourage fortement la démystification de cette technologie moyennant l'appropriation et la pénétration desdites « technologies sociales », à savoir des solutions ouvertes et flexibles, créées localement, et qui ont déjà fait leurs preuves comme le système de réponse vocale interactive (RVI), pour réorienter le contenu radiophonique important vers les téléphones portables, des outils massifs de SMS pour envoyer les rappels des manifestations prochaines, les actualisations de texte et les demandes de commentaires, des agents radiophoniques équipés de téléphone portable pour que les membres de de la communauté puissent appeler les radios, des serveurs d'appel pour connecter gratuitement les auditeurs aux stations de radio et permettant à celles-ci d'effectuer des appels gratuits pour réaliser des entrevues, les réseaux maillés (Internet in a box) l'extension des services Internet sans fil, pour ne citer que quelques exemples. Par ailleurs, les opérateurs de radios communautaires se heurtent souvent à des conditions discriminatoires, par exemple les limitations dans la puissance de transmission, des obstacles pour obtenir des revenus de la publicité, des tarifs élevés sur l'importation d'équipements de radiodiffusion, et des frais de licence de radiodiffusion élevés au point d'être punitifs. L’AMARC estime que la question des politiques relatives à l'accès aux ressources reste cruciale. Une tendance internationale a été de fusionner les réglementations sur la radiodiffusion avec celles qui régissent la télécommunication numérique, nécessiterait un environnement favorable à la téléphonie mobile commerciale et à la communication basée sur l'Internet, au détriment de la radio diffusion « démodée ». Nous croyons qu'il est important de stimuler les débats, comme celui qui a eu lieu sur ce forum, quant à la conception et à la mise en oeuvre de politiques, de réglementations et d'investissements dans tous les secteurs et dans tous les médias. Nous sommes convaincus que les agriculteurs doivent pouvoir accéder aux outils et services liés aux TIC de manière abordable, à des prix raisonnables. Nous considérons également que les politiques nationales visant à soutenir des secteurs pluralistes des médias doivent reconnaître et encourager les médias communautaires, notamment en créant des structures de soutien en matière de droits de licence, en réservant des fréquences radio pour les médias communautaires ruraux, et en mettant en place des mécanismes de financement qui favorisent l'expansion des médias communautaires dans les zones rurales. Nous estimons qu'il faut renforcer les capacités en termes de ressources humaines, d'infrastructures et de technologies dans les communautés rurales, mais aussi parmi les décideurs et les organismes gouvernementaux, en particulier les services de vulgarisation agricole, afin de réaliser le potentiel des processus participatifs du développement. Finalement, pour promouvoir le changement de politique en faveur des plus jeunes générations au sein des communautés rurales, nous devons maintenir notre engagement pour favoriser la coordination multisectorielle, en particulier entre les télécommunications, les ministères agricoles et les instances de régulation des médias. L’AMARC est disposée à s'engager. Ensemble, nous parviendrons au but. |